Certains de ces schémas ne sont plus adaptés à notre vie, à notre environnement, à notre état d’esprit, qu’ils nous freinent et peuvent amplifier notre mal-être. Alors pourquoi continuer à les reproduire ? Les schémas répétitifs peuvent générer une réelle douleur émotionnelle et un certain épuisement mental lié aux comportements récurrents.
Le mécanisme des croyances limitantes et de la prophétie autoréalisatrice
Ce sont devenus des croyances limitantes dans notre vie actuelle, elles nous freinent, et s’auto-alimentent selon Jean Cottraud. Et la réalité finit par confirmer la croyance du sujet. Inconsciemment, nous allons utiliser des biais cognitifs pour nous permettre de confirmer ces croyances.
Par exemple, si mon besoin est d’attirer la compassion et l’intérêt de mon entourage, car je me sens invisible aux yeux des autres et peu appréciée, je vais me plaindre et jouer à la victime. Ce comportement va entraîner au fur et à mesure un désintérêt de la part de l’entourage, voire même du rejet. Ma croyance que je suis invisible et peu appréciée est alors confirmée.
« Et cela finit par devenir une prophétie autoréalisatrice. »
Est-ce un manque de volonté ? L’explication des neurosciences
Mais alors, pourquoi restons-nous dans ces schémas négatifs ? Est-ce un manque de volonté ?
Nous l’avons vu dans l’article sur la création de ces schémas : continuer à prendre le même chemin neuronal devient facile et naturel. Changer de chemin va alors paraître plus compliqué pour notre cerveau, et l’issue plus incertaine, ce qui va utiliser plus d’énergie psychique, nous apprend Samah Karaki. Malgré notre envie de changer et d’aller contre cet automatisme, cela nécessite beaucoup d’efforts conscients. Il y aura presque automatiquement des rechutes d’ailleurs : nous allons, malgré nos efforts, retomber dans ces schémas quelques fois. C’est donc principalement lié à une problématique énergétique.
Le rôle du système nerveux : la sécurité du connu face à la menace de l’incertitude
Au-delà de la consommation d’énergie du cerveau, notre système nerveux joue un rôle capital dans cette répétition. Le système nerveux autonome recherche en permanence la sécurité et la prédictibilité. Pour lui, ce qui est prévisible est sécurisant, même si cela nous fait souffrir.
Un schéma répétitif, même s’il est douloureux, offre une issue que notre système nerveux connaît déjà. L’inconnu et l’incertitude liés au changement sont perçus par notre biologie comme des menaces potentielles. Prédire le danger — même un danger émotionnel — nous donne une illusion de contrôle. Ainsi, face au choix entre une souffrance familière et le vide de l’incertitude, notre système nerveux privilégiera presque toujours la souffrance connue pour garantir sa survie perçue.
Les causes psychologiques et inconscientes de la répétition
Voici d’autres pistes de réflexions pour comprendre ces blocages :
Le masochisme moral et la loyauté familiale inconsciente
Freud parle par exemple de la notion de masochisme moral : ce besoin de souffrir, de se punir de quelque chose. On répéterait cette erreur pour souffrir tant qu’on estime que l’on ne s’est pas racheté. Peut-être ressent-on une certaine culpabilité de manière inconsciente, qui serait liée à la faute d’un aïeul. Par loyauté familiale, nous allons porter ce fardeau nous aussi.
La peur de perdre son identité
Il peut aussi y avoir une peur, plus ou moins consciente, de changer : qui sommes-nous sans ces comportements habituels ? Sans ces schémas répétitifs ?
Finalement, si ces schémas sont présents depuis notre enfance, nous ne savons pas qui l’on est sans eux. On s’est construit avec une vision de nous-mêmes, on a pu associer un trait de personnalité à un comportement qui a été créé par habitude. On s’identifie à ce comportement.
Par exemple, celle qui vit systématiquement du rejet finit par croire qu’elle est trop différente pour arriver à s’adapter ; alors elle va finir elle-même par se qualifier de marginale et se marginaliser. Mais si sa perception d’elle-même change, qu’elle n’est plus la marginale, qui est-elle ? Cela peut faire peur et, inconsciemment, on va peut-être préférer ne pas changer pour s’éviter l’inconnu et l’incertitude.
La recherche du bénéfice secondaire
Jean Cottraud explique que l’on continue tant que notre besoin n’est pas assouvi. Cela me fait penser à la notion de bénéfice secondaire. On va mettre en place ce comportement néfaste pour combler ce besoin, pour atteindre un bénéfice.
Milton Erickson, fondateur de l’hypnose ericksonienne, considère d’ailleurs qu’il y a toujours un bénéfice secondaire derrière un comportement. On y gagne quelque chose à agir de la sorte et à reproduire cette erreur. Mais ce bénéfice est souvent inconscient et nécessite de travailler sur soi pour le comprendre.
En conclusion : comment se libérer des schémas répétitifs ?
Mais alors, comment réussir à se défaire de ces schémas et reprogrammer ses habitudes ? Vous découvrirez des pistes de réflexion concrètes dans le prochain article.
Podcast Métamorphoses de Anne Ghesquières – Pourquoi répétons-nous toujours les mêmes erreurs – Dr Juan David Nasio
Podcast Émotions de Louis Media – pourquoi reproduisons-nous toujours les mêmes erreurs ? – Journaliste Jeanne-Marie Desnos qui donne la parole à la Docteure en neuroscience Samah Karaki et au Psychiatre Jean Cottraud.