Avez-vous déjà remarqué que vous répétiez certaines erreurs ? Que vous reviviez certaines situations régulièrement ? Vous ne savez plus depuis combien de temps d’ailleurs…
Par exemple, vous ne vivez que des relations qui se terminent rapidement et souvent de la même manière. Votre employeur rompt systématiquement votre nouveau contrat avant la fin de la période d’essai ou encore vous avez une ou plusieurs addictions. Cela ressemble grandement à un schéma répétitif !
La Psychanalyse a mis en exergue ces schémas répétitifs
« Souvent, ces répétitions sont inconscientes, on ne se rend pas compte que notre attitude crée ces répétitions. »
La compulsion de répétition comme origine d’un schéma répétitif
En Psychanalyse, Freud parle de la compulsion de répétition liée à la pulsion de mort, notamment abordée dans son ouvrage Au-delà du principe de plaisir en 1920[1]. Le sujet répète inconsciemment une action sans en connaître consciemment l’origine. Ce facteur compulsionnel tendrait à répéter un conflit remontant à l’enfance. Nasio, psychiatre et psychanalyste de notre ère, explique que « l’inconscient, c’est la répétition » dans son ouvrage du même nom. Pour lui, nous répétons donc nous sommes.
» Notre vie bat au rythme de la répétition que notre inconscient nous impose »[2].
La répétition comme résultat de notre histoire
Cette répétition est le résultat d’une histoire qui débute déjà dans le ventre de la mère, explique Nasio à Anne Ghesquière dans le Podcast Métamorphoses. Il est vrai que la répétition peut être positive, notamment lorsqu’elle nous permet d’apprendre, de créer. Mais ici, nous parlerons de cette réitération négative pour nous-même dont on a tant de mal à nous extraire.
Les neurosciences
La répétition se poursuit tant que le besoin n’est pas assouvi
Jean Cottraud est un psychiatre en Thérapie cognitivo-comportementale et auteur. Il explique à la journaliste Jeanne-Marie Desnos dans le Podcast Émotions que la répétition d’un comportement négatif, aussi absurde soit-il pour l’entourage et pour le sujet lui-même, se produit tant qu’un besoin est inassouvi. Ce besoin va dépendre de la personne. Par exemple, certains ont un besoin d’assurance, d’autres de confiance, de sécurité ou encore d’autonomie, etc.
Un automatisme notamment créé pendant l’enfance par adaptation
Samah Karaki, docteure en Neurosciences explique que l’on est très dépendant à la naissance. On va alors s’adapter à l’environnement, reproduire des attitudes socialement nécessaires pour notre survie même si elles vont à l’encontre de nos propres besoins. Sans être déterministe, cela peut prédire certains comportements à l’âge adulte. Pour essayer de comprendre d’où vient ce besoin non comblé et pourquoi un tel comportement négatif se répète inlassablement, on va chercher dans l’enfance ce qui s’est joué. En étudiant les relations de nos parents, de nos grands-parents, l’éducation que l’on a reçue, notre environnement social, des évènements marquants pour nous, on peut mettre le doigt sur des pistes intéressantes. (On aborde ici le sujet du transgénérationnel qui nécessite un article spécifique).
Le schéma répétitif permet d’économiser de l’énergie psychique
Le sujet se rend compte qu’il peut tirer un bénéfice intéressant du comportement mis en place pour combler le besoin inassouvi. À force de répétition de ce comportement, notre cerveau crée un automatisme, une routine qui va entraîner un nouveau chemin neuronal. Emprunter ce chemin devient de plus en plus rapide et efficace grâce à la plasticité du cerveau. Un schéma répétitif va permettre au cerveau d’alléger l’énergie psychique utilisée.
Les traumatismes peuvent aussi entraîner la création d’un schéma répétitif
Il est important de noter que tous les schémas ne sont pas forcément issus de l’enfance. Certains peuvent se mettre en place bien plus tard, dans la vie d’adulte. Ils peuvent aussi apparaitre à la suite d’un traumatisme et non plus par la répétition d’un comportement. L’intensité des émotions va créer une trace mnésique entraînant automatiquement un comportement de protection, de régulation selon Samah Karaki.
La double fonction de la répétition dans le cas d’un traumatisme
Pour Freud, l’automatisme de répétition peut avoir deux fonctions dans le cas d’un traumatisme : c’est une défense du moi débordé qui se met en place face à cette situation traumatique : « ce qui est incompris fait retour, telle une âme en peine, il n’a de repos jusqu’à ce que soit trouvées résolution et délivrance »[3]. Et paradoxalement, la répétition est aussi une résistance à la remémoration de la scène traumatique ou du conflit qui a produit le passage dans l’inconscient.
En conclusion
Finalement, la répétition a du sens de manière inconsciente : répondre à un besoin inassouvi. Mais c’est aussi souvent devenu un automatisme lié à une répétition dans l’enfance pour mieux s’adapter à notre environnement. Un trauma vécu peut également entraîner ces schémas répétitifs pour se protéger mais aussi pour comprendre ce qui nous est arrivé.
Il est important de prendre conscience de ce schéma. Comprendre le besoin derrière, si c’est un automatisme ou le résultat d’un traumatisme permet de mieux s’en détacher.
Vous pourrez trouver des solutions dans un prochain article.
Si vous souhaitez comprendre vos schémas, ce qui les alimente, et comment vous en détacher, vous pouvez prendre rendez-vous avec moi.
[1] Au-delà du Principe de Plaisir – Sigmund Freud – 1920
[2] L’inconscient, c’est la répétition – Dr Juan David Nasio
Pourquoi répétons-nous toujours les mêmes erreurs ? Dr Juan David Nasio
[3] Cinq Psychanalyses – Sigmund Freud
Podcast Métamorphoses de Anne Ghesquières – Pourquoi répétons-nous toujours les mêmes erreurs – Dr Juan David Nasio
Podcast Émotions de Louis Media – pourquoi reproduisons-nous toujours les mêmes erreurs ? – Journaliste Jeanne-Marie Desnos qui donne la parole à la Docteure en neuroscience Samah Karaki et au Psychiatre Jean Cottraud.