Avez-vous déjà remarqué à quel point nos certitudes peuvent nous piéger ?

  • « De toute façon, je ne suis pas fait.e pour ça. »

  • « S’il ne m’a pas répondu, c’est qu’il m’en veut. »

  • « Je le savais depuis le début ! »

Ces réactions automatiques ont un point commun : elles sont le produit de nos biais cognitifs et de nos croyances profondes. Bien que ces mécanismes mentaux soient naturels, ils agissent comme des filtres qui déforment notre perception du réel et entretiennent des croyances limitantes.

En comprendre les rouages — notamment grâce aux Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) — permet de développer une meilleure flexibilité mentale et de poser un regard plus juste sur soi et sur le monde.

Trouver le bon thérapeute est important

La mécanique de la pensée : des croyances aux biais cognitifs

Pour comprendre d’où viennent nos erreurs de jugement, la TCC modélise le traitement de l’information en trois niveaux interconnectés :

Les croyances profondes (schémas)

Développées au fil de nos expériences de vie, les croyances profondes sont des structures inconscientes et rigides (« Je dois être parfait », « Les autres sont dangereux », « Je suis vulnérable »). La Thérapie des Schémas (développée par Jeffrey Young) offre une cartographie claire de ces croyances dysfonctionnelles. Elles fonctionnent comme des lunettes teintées à travers lesquelles nous interprétons chaque événement.

Les biais cognitifs (distorsions)

Un biais cognitif est un raccourci mental inconscient (une heuristique) qui dévie notre traitement de l’information.

« Les biais cognitifs sont des déviations systématiques de la rationalité dans le jugement, qui résultent de raccourcis mentaux utilisés par le cerveau pour traiter l’information rapidement. »

— Tversky & Kahneman, 1974

Ces biais s’expriment de différentes manières au quotidien :

  • La généralisation (ou sur-généralisation) : Transformer une expérience isolée en une règle absolue (« J’ai manqué ma prise de parole, donc je rate toujours mes interventions »).

  • Le filtre sélectif : Ne retenir que le négatif d’une situation en ignorant les éléments positifs.

  • La lecture de pensée : Présumer savoir ce que les autres pensent sans preuve factuelle.

  • Le raisonnement émotionnel : Prendre son ressenti du moment pour une vérité objective (« Je me sens incapable, donc je le suis »).

Le biais de confirmation : Moteur des schémas répétitifs

Parmi tous les biais cognitifs, le biais de confirmation occupe une place centrale. C’est la tendance du cerveau à sélectionner uniquement les informations qui valident nos croyances, tout en ignorant ou minimisant ce qui les contredit.

L’engrenage d’un scénario répétitif

Si vous entretenez la croyance profonde que « les gens ne sont pas fiables », votre biais de confirmation va :

Scanner votre environnement pour repérer le moindre micro-signal de désengagement chez l’autre.

Minimiser ou oublier les preuves de loyauté qu’il vous a données.

Généraliser l’événement : « Tu vois, j’avais raison, on ne peut faire confiance à personne. »

Ce mécanisme valide la croyance initiale et vous enferme dans un schéma répétitif, où vous rejouez sans cesse les mêmes scénarios émotionnels.

Pourquoi le cerveau entretient-il ces erreurs de perception ?

Si ces biais nous desservent, pourquoi notre esprit s’y accroche-t-il ?

Économie d’énergie : Système 1 vs Système 2

Selon Daniel Kahneman, le cerveau cherche à économiser ses ressources :

  • Le Système 1 (Rapide et automatique) : Il génère des conclusions immédiates sans effort en s’appuyant sur les biais cognitifs.

  • Le Système 2 (Lent et analytique) : Il exige de la concentration pour vérifier les faits et nuancer la pensée.

L’évitement de la Dissonance Cognitive

La dissonance cognitive (Festinger, 1957 ; Elliot & Devine, 1994) est l’inconfort psychologique ressenti lorsque la réalité contredit nos croyances (par exemple : réussir brillamment un projet alors qu’on se croit « incompétent »).

Pour stopper rapidement cette tension désagréable, le cerveau préfère utiliser le biais de confirmation pour disqualifier le succès (en se disant « C’était juste de la chance ») plutôt que de remettre en question sa croyance profonde. C’est ainsi que le biais de confirmation protège nos certitudes : en étouffant la dissonance cognitive, il verrouille nos schémas répétitifs et nous amène à rejouer indéfiniment les mêmes scénarios. Valider ce que l’on pense déjà procure une sécurité émotionnelle immédiate en activant le circuit de récompense cérébral, même si le résultat final nous dessert.

L’approche TCC pour assouplir la pensée

L’objectif de la Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC), fondée par Aaron Beck, n’est pas d’imposer une pensée positive, mais de rétablir un réalisme nuancé.

Voici les trois étapes pour déconstruire les biais cognitifs :

1. Repérer les pensées automatiques

Identifiez le moment où votre esprit formule un jugement tranché. Soyez attentif aux mots marqueurs de rigueur (toujours, jamais, impossible, tout le monde, personne).

2. Examiner les faits (Le questionnement socratique)

Analysez la situation comme un observateur neutre :

  • Quels sont les faits objectifs qui confirment cette pensée ?

  • Quels sont les faits concrètement mesurables qui la contredisent ?

  • Mon biais de confirmation ne me masque-t-il pas une partie de la réalité ?

3. Formuler une alternative équilibrée

Remplacez la distorsion cognitive par une lecture plus souple et multifactorielle :

  • Pensée faussée : « Mon collègue a été sec ce matin, il ne peut plus me voir. »

  • Pensée nuancée (TCC) : « Son ton était sec, mais il a peut-être un souci personnel ou un coup de stress. Cela ne veut pas dire que notre relation est remise en cause. »

Conclusion : Retrouver de la flexibilité psychologique

 

✅ Les biais cognitifs sont des raccourcis mentaux utiles à la rapidité de décision, mais ils deviennent limitants lorsqu’ils dictent nos croyances.

✅ Le biais de confirmation protège nos croyances profondes et nous évite la dissonance cognitive, au risque de nous enfermer dans des schémas répétitifs.

✅ Grâce aux outils des TCC et à la compréhension de nos schémas, nous pouvons sortir des automatismes et porter un regard plus serein sur nous-mêmes et notre environnement.

Prendre du recul sur ses propres biais, c’est accepter la nuance et remettre du mouvement là où la pensée était figée.

Envie d’explorer vos propres schémas ?

La déconstruction des croyances et des biais cognitifs se travaille très bien en TCC, en Thérapie des Schémas, en hypnose,  avec l‘EMDR également en cas de traumatisme fondateur ou à travers un travail de journal de bord.

L’essentiel : remettre du mouvement là où la pensée était figée

Sources & Références :

  • Beck, A. T. (1976). Cognitive Therapy and the Emotional Disorders. International Universities Press.

  • Elliot, A. J., & Devine, P. G. (1994). « On the motivational nature of cognitive dissonance: Attitude change, affect, and self-justification. » Personality and Social Psychology Bulletin, 20(3), 258-269.

  • Festinger, L. (1957). A Theory of Cognitive Dissonance. Stanford University Press.

  • Kahneman, D. (2011). Thinking, Fast and Slow. Farrar, Straus and Giroux.

  • Tversky, A., & Kahneman, D. (1974). « Judgment under uncertainty: Heuristics and biases. » Science, 185(4157), 1124-113

    Comment bien choisir son thérapeute ?

    Trouver le bon thérapeute, c’est un peu comme choisir une bonne paire de chaussures pour une longue marche, mais intérieure cette fois-ci : vous pouvez lire tous les avis du monde, mais tant que vous ne l’avez pas rencontré, vous ne savez pas vraiment si cela vous...

    Pourquoi reproduisons-nous toujours les mêmes schémas négatifs ? 

    Certains de ces schémas ne sont plus adaptés à notre vie, à notre environnement, à notre état d’esprit, qu'ils nous freinent et peuvent amplifier notre mal-être. Alors pourquoi continuer à les reproduire ? Les schémas répétitifs peuvent générer une réelle douleur...

    Le syndrome de l’imposteur : comprendre et surmonter le doute de soi

    Vous est-il déjà arrivé de douter de vos compétences, même face à vos réussites ? De penser que vos réalisations sont dues à la chance plutôt qu'à votre talent ? Si oui, vous n’êtes pas seul. Ce phénomène est appelé le syndrome de l’imposteur. Contrairement à une...

    La thérapie EMDR pour se libérer des traumatismes

    L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une thérapie psychocorporelle développée par Francine Shapiro en 1987. Initialement reconnue pour son efficacité dans le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT), cette technique est aujourd'hui...

    Trichotillomanie et dermatillomanie : quand le corps devient le terrain de nos angoisses

    Nous avons tous des petites habitudes pour évacuer la tension : se ronger un peu les ongles, triturer une mèche de cheveux... Mais pour certaines personnes, ce geste devient un besoin irrépressible, incontrôlable et douloureux. On parle alors de Trichotillomanie,...

    Comment calmer l’anxiété au réveil

    Comment se débarrasser de l’anxiété matinale ? Pourquoi vous ressentez des angoisses le matin ? Voici des solutions efficaces pour se séparer de cette anxiété au réveil de manière durable. Tu ouvres les yeux… et avant même d’avoir mis un pied au sol, elle est là....

    Comprendre le système nerveux autonome pour gérer l’anxiété chronique

    L’anxiété chronique impacte le quotidien, le sommeil et la santé physique et mentale. Contrairement à un stress ponctuel et contextuel, l'anxiété maintient le corps et l’esprit dans un état d’alerte constant. Comprendre le système nerveux autonome (SNA) et ses deux...

    Comprendre et se libérer du transgénérationnel

    Pourquoi répétons nous parfois les mêmes schémas relationnels, portons des angoisses inexplicables ou ressentons une tristesse sans cause apparente ? Et si ces émotions ne nous appartenaient pas entièrement ? L'héritage émotionnel familial, aussi appelé transmission...

    Comment réguler son système nerveux face à l’anxiété avec l’hypnose ?

    Quand l'anxiété s'installe, elle se manifeste pas seulement dans l'esprit via les ruminations, les inquiétudes et les pensées envahissantes. En effet, elle prend racine dans le corps : tensions musculaires, respiration rapide, palpitations, hypervigilance, sommeil...

    Comprendre le lien entre l’anxiété et le trauma pour mieux s’en libérer

    L’anxiété peut être le reflet d’une blessure profonde, parfois ancienne, inscrite dans le corps et le système nerveux. Beaucoup de personnes vivent avec une anxiété diffuse, sans toujours faire le lien avec des expériences passées : environnement insécurisant,...

    11, rue Monsieur — 75007 Paris

    06 37 80 81 41

    mdlctherapie@gmail.com

    Mentions légales

    Politique de confidentialité